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Pesticides - Révélations sur un scandale français

Fabrice Nicolino et François Veillerette
 

« La France, et d’ailleurs le reste du monde, est victime d’un empoissonnement global, perpétuel et cumulatif. Les pollutions par les pesticides touchent tous les milieux de vie, se répètent d’heure en heure, de jour en jour, et s’empilent les unes sur les autres sans jamais réellement disparaître. Désormais, nous sommes tous marqués dans notre peau, dans notre graisse, dans notre sang par des molécules redoutables et en général très mal connues. » François Veillerette, président du Mouvement pour les droits et le respect des générations futures (MDRGF), et Fabrice Nicolino, journaliste qui a notamment travaillé pour le Canard enchaîné, ont compilé une masse considérable d’études et ont interviewé une grande variété d’acteurs pour livrer cette somme sur les pesticides. Des prémisses de l’agrochimie aux manœuvres de l’Union des industries de la protection des plantes (UIPP) et des origines suspectes du Forum pour une agriculture raisonnée respectueuse de l’environnement (Farre) à la forte progression du nombre des cancers, tous les aspects du problème sont très clairement présentés.
L’un d’entre eux fait l’objet d’une attention particulière : le « scandale français » que constitue « la complicité » entre d’une part les producteurs et les marchands de pesticides et, d’autre part, les services de l’État, notamment l’Inra. Les auteurs distinguent à ce propos deux périodes. « À partir de 1945, ivres de toute-puissance, grands croyants d’une science triomphante, servants d’une idéologie qui porte un nom – le scientisme -, des hommes et des femmes de relative bonne foi ont aidé l’industrie à écouler ses produits. Ils étaient scientifiques, fonctionnaires de la République, responsables politiques. Autour de 1970 a commencé une tout autre histoire. » Alors que les ravages du DDT et des pesticides organochlorés sont d’ores et déjà avérés, ces fonctionnaires et élus, ou leurs successeurs, « préfèrent la fuite en avant, le compagnonnage poursuivi avec les transnationales, les repas entre amis, les structures opaques où tout se règle autour d’une bonne table. » Dès lors, la chimie et les machines s’imposent sans coup férir, au détriment de centaines de milliers de paysans, de la biodiversité et de la santé des consommateurs.
De rapides portraits d’André Pochon, cofondateur du Centre d’études pour un développement agricole plus autonome (Cedapa), ou encore de Pierre Rabhi, président de l’association Terre et Humanisme, montrent que le choix d’une agriculture industrielle ne s’imposait pas forcément. Non seulement « une autre France était possible », mais des milliers d’agrobiologistes démontrent aujourd’hui que l’on peut gagner sa vie sans avoir recours aux pesticides. De même, tout en multipliant par treize sa surface en espaces verts, Rennes n’a cessé de réduire sa consommation de produits phytosanitaires depuis les années 1960. Cet exemple doit inspirer tout un chacun dès lors qu’il pourrait être tenté d’utiliser un herbicide de jardin, un shampoing anti-poux, un diffuseur anti-moustiques, un produit de traitement pour le bois…
Au final, les auteurs notent en effet qu’une éventuelle réorientation de notre modèle de développement « dépend de nous tous, de nous seuls ». Une « rébellion collective, non violente, mais ferme, immédiate et complète » doit « faire rendre gorge à ceux qui préfèrent leur chiffre d’affaires à la vie sur terre ».

Alain Chanard, Transrural Initiatives n°333, 9 avril 2007.


Éditions Fayard – avril 2007 – 384 pages - 20 €.