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Une commune sans herbicides dans les Côtes-d’Armor

Le nouveau conseil municipal de Tréguidel a fait basculer la commune du côté du développement durable : économies d’eau, suppression des herbicides, création d’emploi...

« Monsieur le maire, on met comme d’habitude ? », demande le technicien vendeur de pesticides. « Je n’ai encore aucune habitude », répond le tout nouveau maire de Tréguidel. Dès son arrivée à la mairie, Daniel Barret ne veut en effet pas continuer à dépenser 800 euros par an en pesticides. Pendant son doctorat, il a travaillé sur les conséquences des traitements chimiques sur la faune auxiliaire, puis sur la santé humaine. Il y a forgé un avis tranché et sévère sur ces produits. Tréguidel est une petite commune rurale des Côtes d’Armor (619 habitants, 659 hectares) dont le territoire est inclus dans deux périmètres de protection de captage d’eau potable. Elle se situe sur le bassin versant de l’Ic, l’un des neufs bassins concernés par le « contentieux » avec Bruxelles pour n’avoir pas encore atteint la potabilité des eaux de surface (voir Transrural n°328). Les mauvais résultats favorisent l’adhésion du nouveau conseil municipal à la nécessité d’un effort sur les produits de traitement.

Le désherbage thermique, le balai à main et la binette ont remplacé les traitements chimiques
Ce début de mandat coïncide avec le changement de l’employé municipal, un poste jusqu’à présent à temps partiel (80%), qui offre l’occasion d’un changement des habitudes de travaux. « On a cherché à recruter une personne sensible aux questions d’environnement, en lui proposant de passer le poste à temps plein s’il acceptait de n’utiliser aucun pesticide », confie D. Barret. Une fois d’accord, l’employé municipal se forme aux techniques alternatives avec l’association Eau et Rivières de Bretagne et le Syndicat mixte de la Côte du Goëlo. Parallèlement, après avoir assisté à des démonstrations de matériel, la commune s’équipe d’un désherbeur thermique dans le cadre d’un syndicat de voirie qui regroupe trois communes. Dès 2002, Tréguidel abandonne ainsi tout usage de pesticides (principalement des herbicides), grâce à cette mécanisation, mais aussi au temps de travail supplémentaire : « Là où la balayeuse ne passe pas, c’est le balai à main qui prend le relais, ou la binette. Les allées du cimetière, sont recouvertes de maël (produit coquillé marin) et sont ratissées par beau temps, des plantes couvrantes sont semées dans les parterres du bourg. Pour l’employé municipal, il a fallu s’habituer », explique le maire.

Prix d’excellence
Côté finances, les économies d’achat de produits de traitement (environ 1000 euros par an) ne permettent pas de compenser l’augmentation de temps de travail rendue nécessaire (coût estimé à 4000 euros). Pas facile donc d’avancer l’argument financier auprès de l’équipe communale, d’autant plus que la commune n’a pas de gros moyens. Cependant, « la démarche [de la commune] étant plus globale », elle a utilisé les services d’un « économe de flux » mis à disposition par le Pays de Guingamp. Ce dernier a passé les dépenses d’eau, d’électricité, de téléphone au crible et a détecté les économies possibles. Il a conduit ses diagnostics en relation avec des techniciens, en mettant en concurrence différent fournisseurs. En vérifiant les systèmes d’assainissement, en améliorant le fonctionnement des pompes de relevage, en n’utilisant plus l’eau du réseau pour l’entretien du matériel ou l’arrosage, la commune a ainsi pu économiser 5000 euros ! De quoi surcompenser le coût de l’abandon des herbicides.

Aujourd’hui, deux autres petits déherbeurs thermiques sont mis à la disposition des particuliers par la commune, pour une période d’essai. Les communes avoisinantes, ne voulant pas pâtir d’une mauvaise image, emboîtent le pas. D. Barret a déjà reçu plusieurs invitations à aller témoigner des pratiques qu’il pousse à développer. « Ca contribue aussi à faire connaître la commune ! », s’enthousiasme-t-il. L’effort de Tréguidel a été salué par le prix d’excellence 2006 de la Charte communale Goel’eaux. Cette charte, initiée par le syndicat mixte de la Côte du Goëlo, encourage les communes à définir des zones où les pesticides doivent être proscrits, et à réduire globalement leur consommation de produits.


Michel Carré, Transrural initiatives n°332, 24 avril 2007.