L’actualité bretonne a montré ces derniers jours, s’il en était besoin, que la question de la qualité de l’eau n’est pas sur le point d’être résolue (lire Transrural n°328). Comme tous les bassins versants dits prioritaires, celui du Haut Couesnon doit faire son « évaluation - prospective » au terme de la 3ème session du programme Bretagne Eau Pure. Ce bassin, situé au nord-est de l’Ille et Vilaine, alimente pour 15 % l’agglomération rennaise en eau. 650 exploitations sont concernées, quasi exclusivement en production laitière. Trois techniciens de la chambre d’agriculture interviennent sur ce territoire, à côté de plus de vingt cinq conseillers ou vendeurs de services, d’engrais et de produits phytosanitaires…
La prise d’eau de Mézières sur Couesnon a été contrôlée en janvier 2007, une fois à 50 mg de nitrates par litre d’eau (mg/l), une autre à 51. Si elle venait une nouvelle fois dans l’année à dépasser ce seuil des 50 mg/l, elle rentrerait de nouveau dans la liste des captages inscrits dans le contentieux qui oppose la France à la Commission européenne. Avec comme conséquence immédiate l’application des nouvelles mesures de restriction des apports, notamment en engrais azotés (voir n°328). C’est le Syndicat mixte de production d’eau du bassin rennais qui a pris les choses en main ; autrement dit l’aval entend désormais « imposer » ses exigences sur ce territoire située à 40 km de chez eux. C’est dire si l’ambiance est tendue sur le territoire du bassin versant.
Si la conscience du risque lié aux pesticides est désormais partagé, l’enjeu de diminuer la pollution aux nitrates est loin d’être assimilé
Un des enseignements forts de cette évaluation concerne les pesticides, faisant apparaître une réelle prise de conscience du danger. Chacun connaît dans son entourage une personne touchée par le cancer et le sujet est très médiatisé. Mais majoritairement les agriculteurs n’envisagent pas de se passer des pesticides. Plusieurs techniques sont testées pour diminuer fortement les doses ou pour éviter au maximum les manipulations.
Il en va tout autrement des questions des nitrates ou de l’intérêt de préserver haies et talus, pour lesquels il n’y a toujours pas de réelle perception des dangers pour la santé et des risques de dégradations des milieux naturels. Sur ces questions, les chargés de missions à qui les élus ont délégué le travail vont bien souvent « au carton ». Les initiateurs ne sont pas du territoire et les élus, relais au niveau local, ne se montrent pas très offensifs. D’un autre côté, les associations de protection de l’environnement et de consommateurs restent inaudibles, parce que complètement décalées du point de vue tant technique que culturel. Par ailleurs, elles manquent souvent de réelles implantations locales. Parfois, la stratégie consiste en des oppositions très frontales qui conduisent à des blocages et ne font rien évoluer. Au sein même de la profession agricole, un clivage se creuse entre ceux qui ont fait des choix plus radicaux de changements de système de production, passant à des modes de production très majoritairement basés sur l’herbe et/ou en production biologique. Peu intéressées par des discussions sur la largeur des bandes enherbées ou les réglages des pulvérisateurs, elles ont déserté les lieux de démonstration et les divers comités professionnels. De plus, ces divergences se doublent d’une approche différente au sujet de l’agrandissement, entre ceux estimant qu’il faut beaucoup de surface pour pouvoir extensifier et d’autres jugeant qu’il est trop compliqué de mettre en pâturage un troupeau de 90 ou 100 vaches. Autrement dit, l’agrandissement pourrait difficilement s’accommoder d’un système à base d’herbe.
L’intérêt des rotations longues
Il n’y a donc pas de forces réellement identifiées qui puissent entraîner un mouvement vers des pratiques plus respectueuses de l’environnement. De plus, la pédagogie utilisée consiste à faire nombre de démonstrations, à fournir des références et faire témoigner sur des pratiques bien identifiées, mais très partielles. Or, la clé de la réussite réside dans des rotations longues. Des prairies bien conduites vieillissent très bien. Et une céréale ou un maïs implantés après une vieille prairie auront moins d’exigence en fertilisation et en traitements phytosanitaires. En l’absence de rotation, les essais de limitation de fertilisants ou de produits de traitements n’offrent pas nécessairement une réussite. Ce qui contribue bien sûr à entretenir le doute dans l’esprit des non convaincus. Dans les sous bassins prioritaires (105 exploitations concernées), 65 exploitants ont signé des « engagement de progrès agronomiques », au terme d’un accompagnement individuel. Ces dispositifs ne sont pas très engageants, mais au cours de l’évaluation 19 exploitants se sont dits intéressés par des systèmes herbe.
À trop attendre, le contexte vire à l’urgence. Les décisions s’en tiennent à des mesures classiques d’accompagnement financier à la réduction des cheptels, qui ne seront pas nécessairement les plus efficaces. Des mesures qui s’avèrent plus coûteuses pour la collectivité, et difficiles à accepter pour les éleveurs. Il est donc encore temps de réfléchir à des mesures plus globales de soutien aux systèmes de production durables, herbagers notamment, afin d’induire une modification des orientations des exploitations agricoles.