Adresse de l'article: http://www.ruralinfos.org/spip.php?article2345

Le marché de la pizza sauvera-t-il la production laitière ?

Des coopératives de l’Ouest investissent dans la mozzarella.

Pour enrayer la surproduction laitière, la ronde des spots publicitaires pour les produits laitiers nous incitaient il y a quelques années à consommer plus des ces « amis pour la vie ». Aujourd’hui, le salut viendrait de ce petit fromage qu’on met sur les pizzas : la mozzarella. Le marché de la mozzarella est en crise : la demande pour les pizzas ne cesse d’augmenter – 2 à 3 % sur le marché mondial –, et la production de mozzarella ne suffit plus. Il y a donc un créneau à prendre ! C’est en tout cas le pari que font les responsables d’importantes coopératives laitières du Grand Ouest, dont Eurial Poitouraine pour la plus importante. La nouvelle usine de mozzarella, situé à Herbignac (44) sur un site actuellement spécialisé dans la fabrication de caséine, devrait permettre d’écouler le lait de 1000 exploitations laitières pour produire 30 000 tonnes de mozzarella ! Pour ces coopératives, l’objectif est d’anticiper la réduction des subventions européennes en investissant un nouveau marché porteur, et donc de pouvoir continuer à garantir le prix du lait au producteur. Cette opération permettrait en outre de diminuer la fabrication de lait en poudre et de beurre qui sont aujourd’hui écoulés sur le marché mondial grâce à de fortes subventions européennes.

14 millions € publics pour une usine à mozzarella

Il y aurait presque de quoi se réjouir de pouvoir manger force pizza en toute bonne conscience puisque cet acte citoyen permet tout à la fois de limiter les dépenses européennes, mieux valoriser du lait français en coopératives, et assainir le marché mondial. Les pouvoirs publics, sollicités sur le projet, ont d’ailleurs largement contribué à son financement, abondant pour plus du tiers du coût d’investissement, soit 53 millions d’euros.
Les coopératives de l’Ouest de la France ne sont cependant pas les seules à investir ce débouché. Lactalis a un projet concurrent qui ne devrait pas tarder à voir le jour. Ce groupe avait d’ailleurs tenté de bloquer le projet d’Herbignac en rachetant une coopérative adhérente.
La concurrence laissera des producteurs sur le carreau, avec l’aval des pouvoirs publics qui financent l’investissement industriel plutôt que la régulation des marchés. Pizza ou pas, les recettes restent les mêmes…


Aurore Abibon, Transrural Initiatives n°328, 27 février 2007.