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Elections aux chambres d’agriculture 2007

La Coordination rurale mord sur l’électorat de la Confédération paysanne

Réflexions sur les résultats du collège « exploitants agricoles »
Stabilisation de la FNSEA, recul de la Confédération paysanne, consolidation de la Coordination rurale… La plupart des commentateurs ont vu dans ce scrutin une évolution politique des paysans vers la droite. Mais l’explication est peut être trop simple.

Les élections aux chambres d’agriculture, pour ce qui concerne le collège « “ exploitants » ”, ont enregistré de sensibles évolutions concernant les scores des organisations syndicales. Quelques tendances claires sont à relever.

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D’abord le fait que la FNSEA, alliée aux JA (Jeunes agriculteurs), a réussi à enrayer l’érosion de ses résultats qui étaient passés de plus de 65 % en 1983 à moins de 52,8 % en 2001. Elle a atteint et même dépassé ses objectifs. Son succès de 2007 (55,1954,9 % [1], sans les listes apparentées) améliore en effet sensiblement son score de 2001. Présente dans les 94 départements métropolitains et d’outremer, l’alliance FNSEA/JA n’en recule pas moins dans 32 d’entre eux. Elle progresse en revanche de plus de 15 % pour 24 listes (et de plus de 30 % pour 9 d’entre elles).
Ensuite, le sévère recul de la Confédération paysanne (CP) qui, après avoir progressé de 18,2 % à 27,6 % entre 1989 et 2001, est retombée à 20,320 %. Elle a par ailleurs perdu la présidence de la seule chambre, celle de Loire-Atlantique, qu’elle détenait en France métropolitaine. La Coordination rurale (CR), pour sa part, dernière venue dans le paysage syndical (elle s’est créée au milieu des années 1990) a progressé de plus de six points, de 12,4 % à 18,718,7 %, et conserve la direction des deux chambres qu’elle présidait, celles du Calvados (depuis 1995) et du Lot-et-Garonne (depuis 2001).
Enfin, le Modef (Mouvement de défense des exploitants familiaux) est resté à son faible étiage (entre 3 % et 4 %), mais avec un nombre de listes nettement moindre : 21 listes homogènes contre 33 en 2001 et 40 en 1995tout. Il a néanmoins progressé dans 7 départements et bien résisté dans son fief des Landes.
Le contexte de ces résultats appelle divers commentaires. On observe d’abord que le corps électoral du collège des exploitants a diminué de plus de 15 points en six ans, ce qui est considérable et laisse deviner les importantes évolutions sociologiques en cours. Dans ces conditions, la plupart dtoutes les organisations départementales – qu’elles soient grandes, moyennes ou petites – connaissent des problèmes de recrutement et de renouvellement militant. Ces élections (à l’occasion desquelles a été instauré le vote par correspondance) ont aussi été marquées par une progression de la participation de 5 points (66,4 %), niveau record pour ce type de scrutin socio-professionnel. La participation avait déjà progressé de près de 4 points entre 1995 et 2001, passant de 57,8 % à 61,5 %.

Transferts de voix de la Confédération paysanne vers la Coordination rurale
La FNSEA, perçue dans les campagnes comme le « “ syndicat officiel » ”, continue de bénéficier pour partie d’un réflexe légitimiste. Le bonne conjoncture économique pour la plupart des produits agricoles n’a pu que la servir. A cela se sont ajoutés les effets d’une grande pugnacité, notamment là où elle craignait de perdre la présidence, ainsi que dans d’autres départements comme la Loire-Atlantique où la participation a augmenté de 15 points...
Le score de la Coordination rurale s’explique en très grande partie par le fait que cette organisation a présenté cette fois 80 listes homogènes départementales contre 53 en 2001, soit une progression dee 50 %. Cela, mécaniquement, a engendré une augmentation d’environ 6 points de pourcentage. Le score de la Coordination correspond donc à un réel, mais très relatif progrès (½ environ 1,3 points en moyenne par liste). Dans les années 1990, la Confédération paysanne avait bénéficié d’un effet équivalent (gain de plus de 5 points, le nombre de listes qu’elle parrainait ayant augmenté de près d’un tiers entre 1989 et 2001). Mais la CP avait progressé bien au-delà. Une analyse plus fine montre par ailleurs que la CR a régressé dans 22 des 53 départements où elle était déjà présente en 2001, perdant la représentativité (conditionnée par le seuil de 15 %) dans 5 d’entre eux, mais la gagnant dans 5 autres. Ses listes ont progressé de plus de 15 % dans 24 de ces 53 départements (de plus de 30 % dans 17 d’entre eux et de plus de 45 % dans 12). Le recul de la Confédération au dernier scrutin (- 7 points) a été beaucoup plus important qu’attendu par la plupart des observateurs. Il a et représenté un revers incontestable pour l’organisation. Il est manifeste que la Coordination, là où elle se présentait pour la première fois, a beaucoup plus mordu sur l’électorat de la CP que sur celui de la FNSEA. Cela a été le cas, par exemple, dans le Finistère où la Confédération a perdu 11 points tandis que la Coordination recueillait 16,9 % des suffrages. Cela a aussi été le cas, encore plus spectaculaire, dans les départements des deux leaders altermondialistes les plus connus de la Confédération paysanneCP, l’Aveyron de José Bové (le score de la Confédération paysanne y a été divisé par deux, passant de 44 % à 22,8 %) et la Manche de François Dufour, (de 46,4 % à 23,9 %). Au total, sur 87 départements où elle se présentait avec des listes homogènes, la CP n’a progressé que dans 5 d’entre eux et a baissé de plus de 15 % dans 68 autres (de plus de 30 % dans 47 et de plus de 45 % dans 15). Elle a perdu la représentativité dans 17 départements, mais a obtenu un score exceptionnel à La Réunion (72,8 %).

La Coordination bénéficie à son tour d’une « rente d’opposition »
Il semble qu’après les retombées médiatiques considérables de l’“ « effet Bové » ” qui avaient pesé sur le résultat de la Confédération en 2001 (où, cependant, de nombreux départements de l’Ouest avaient vu leurs résultats baisser), une partie des électeurs a manifesté son désaccord avec certaines postures publiques de l’ancien leader syndical auquel, qu’elle le veuille ou non, l’image de la CP est restée attachée. Ces postures ont pu concerner des options collectivement assumées par l’organisation, mais aussi des choix plus personnels concernant certaines actions ou discours, ainsi bien sûr que la pré-campagne pour l’élection présidentielle (qui, elle, n’engageait pas la CP). Enfin et surtout, on peut penser que la Confédération paysanne, organisation encore jeune (fondée en 1987), a bénéficié dans les années 1990 d’une « “ rente d’opposition » ” à la FNSEA, comme cela avait été auparavant le cas pour le Modef, dans les années 1970 (avec, à cette époque, des scores moyens atteignant 30 %). Désormais, avec la Coordination rurale, l’offre syndicale est élargie et le mécontentement et les aspirations au changement peuvent s’exprimer aussi en votant pour une organisation marquée à droite et oppositionnelle à la FNSEAqui. La Coordination bénéficie à son tour d’une rente d’opposition.
L’analyse de l’évolution des résultats départementaux de 2001 et 2007 fait ainsi apparaître qu’au-delà du choix d’une préférence syndicale, il existe aussi un vote anti-FNSEA qui s’est porté, selon les configurations locales, sur trois catégories de listes : Confédération ou bien Coordination ou encore listes dissidentes de la FNSEA et des JA (classées « apparentées » FNSEA/JA par le ministère). Les exemples abondent qui montrent que, d’un scrutin à l’autre, une partie de ces voix peut de déplacer d’une catégorie à l’autre.

Mutations sociologiques
Ces élections appellent quelques observations complémentaires. Aujourd’hui, le paysage syndical présente à l’échelle nationale un arc-en-ciel complet, ce qui contribue à rapprocher davantage le vote socio-professionnel des affinités politiques des votants. Par ailleurs, si les générations venues au syndicalisme depuis les années 1960 ont été fortement influencées par le souci de la promotion humaine et des solidarités collectives, le modèle libéral de la concurrence et de la compétition l’emporte chez nombre de nouveaux agriculteurs. Cette évolution est fortement favorisée par les enseignements dispensés dans la plupart des écoles d’agriculture. Enfin, il est à noter que les enjeux environnementaux ont suscité, à la Coordination rurale mais aussi à la FNSEA (contrairement à la CP), un réflexe nettement corporatiste contre les contraintes qui en découlent ou pourraient en découler. Il en est allé de même, dans beaucoup de départements, vis-à-vis des astreintes administratives. A l’heure où les rapports entre ruraux et urbains s’intensifient et se diversifient sur des territoires de plus en plus intriqués, ce repli sur soi est-il durablement viable ?


Serge Cordellier, © TransRural Initiatives (une version courte de cet article a été publiée dans le n°327, avec des résultats provisoires).

[1] Les chiffres cités ici pour 2007 comme pour 2001 sont issus des résultats officiels tels que publiés par le ministère de l’Agriculture (14 février, Métropole et DOM), ajustés en tenant compte des listes d’union intersyndicales.