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Paysan en quête de vérité

Marc Boutin
 

À l’aube de la nouvelle vie que représente sa retraite, un homme se penche sur son passé. Marc Boutin s’est installé avec sa femme, Marie-Louise, en 1960, à Ambricourt, dans le Pas-de-Calais. Ce département comptait alors 35 000 exploitations agricoles. En 2000, il n’en restait plus que 9 335… dont dix à Ambricourt, 106 habitants ! Marc Boutin explique cette singularité par l’importance dans ce petit village des réflexes solidaires dont il a été un bénéficiaire à son arrivée, puis un des acteurs importants tout au long de sa carrière.
C’est à la JAC (Jeunesse agricole chrétienne) qu’il a rencontré sa future épouse et son parcours est représentatif de la génération formée à cette école. Il a constamment été sur la brèche pour défendre les agriculteurs les plus menacés par un mouvement de concentration qu’il ne voulait pas croire inexorable. Cela l’a notamment conduit à assumer la présidence du Centre départemental des jeunes agriculteurs (CDJA), puis celle de la Société d’aménagement foncier et d’établissement rural (Safer) ainsi qu’à être maire d’Ambricourt pendant vingt-sept ans et vice-président de la communauté de communes de Fruges pendant douze ans.
Un des principaux intérêts que présente ce témoignage écrit sans fioritures est que Marc Boutin n’hésite pas à évoquer toutes les impasses technico-économiques dans lesquelles il s’est engouffré parce qu’il faisait trop confiance à un appareil de développement qui était en fait devenu fou. Aux déconvenues qu’il a essuyées avec l’élevage de taurillons ou l’abus de maïs se sont ajoutés les incitations de certaines de ses filles et Marc Boutin a fini par se convertir à l’agriculture biologique. C’est aujourd’hui un farouche opposant aux OGM.

Son principal combat aura toutefois été celui de l’accès au foncier et, plus généralement, aux moyens de production. Il a lui-même dû lutter tout au long de sa vie pour pouvoir disposer d’un outil suffisant et son exploitation a été régulièrement sur le fil du rasoir. Heureusement, les soutiens qu’il n’a pas trouvés auprès de banques théoriquement mutualistes lui ont été accordés par le puissant mouvement d’épargne solidaire dont le Nord Pas-de-Calais s’est progressivement doté. Au bout du compte, les experts de l’économie agricole qui ne croyaient pas à la viabilité de son entreprise ont bien été obligés de constater qu’elle a fait vivre jusqu’au bout une famille de sept enfants…
Aujourd’hui, Marc Boutin n’est pas peu fier d’avoir transmis son exploitation à l’Afip du Nord Pas-de-Calais, qui y a installé un pôle d’expérimentation à la création d’activités en milieu rural. Ce « germoir » accueille et accompagne d’ores et déjà un maraîcher qui s’expérimente à l’agriculture biologique, l’association Graine de saveurs qui fait de l’éducation à une alimentation saine et responsable, un fabricant de soupes en conserve, une commerçante en produits bio, un sophrologue… Dans son préambule, Marc Boutin résume le bilan de son parcours en estimant que « tout est à refaire par rapport à nos aspirations de départ ». Il aura en tout cas contribué à ce que ces aspirations soient transmises et trouvent des conditions favorables pour s’épanouir.

Alain Chanard, Transrural initiatives n°326, 30/01/07.


Éditions Les Échos du Pas-de-Calais – collection Témoignages - octobre 2006 – 120 pages – 12 €.