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Une banque altermondialiste de semences s’enracine en Ardèche

A l’heure où l’association Kokopelli est condamnée pour avoir vendu des semences non inscrites au catalogue officiel, une association ardéchoise, Savoirs de terroirs, lance le projet d’une banque de prêts de semences.

« Respecter la biodiversité végétale, c’est cultiver les différences, explique Patrick Challaye, président de l’association Savoirs de terroirs. Voilà pourquoi depuis des années, cette association de Vinezac dans l’Ardèche, membre des réseaux Civam [1] et Semences paysannes, fait l’inventaire de collections potagères, céréalières ou d’arbres fruitiers, les identifie et les multiplie dans les jardins de bénévoles [2]. En adossant à ce travail une banque de prêts de semences, l’association entend contribuer à « rétablir un patrimoine commun ».

Si la loi interdit " la vente, le don et l’échange" des semences non inscrites au catalogue officiel, rien n’empêche de les prêter

L’arrivée d’une importante collection de pommes de terre (près de 300 variétés) récupérée auprès d’un agriculteur est l’élément déclencheur. Patrick Challaye prend conscience de la fragilité de ces semences, difficiles à conserver. « Les graines, on pouvait les garder quelques années et les ressemer, mais pour les pommes de terre c’est autre chose, le tubercule doit être replanté tous les ans. Il faut aussi prévoir une rotation des parcelles et les faire changer d’altitude de temps en temps, ça leur fait du bien ». « Mais on ne pouvait pas faire ça tout seul », ajoute-t-il. D’où l’idée du projet Balseli - banque altermondialiste de semences libérées - et d’organiser un réseau de "parrains" (et de marraines) pour ces variétés hors catalogue. Car si la loi interdit "la vente, le don et l’échange" des semences non inscrites au catalogue européen des espèces et variétés, rien n’empêche de les prêter. « C’est un prêt à intérêt que nous faisons, le parrain doit nous en rendre plus qu’il en a reçu pour les prêter à d’autres », précise Patrick Challaye. L’association appuie ce travail de conservation de variétés anciennes de pommes de terre en faisant des recherches documentaires pour fournir des fiches d’identification aux parrains. Ils y trouvent une description de la variété, des photos, des conseils d’entretien et d’utilisation culinaire. En retour, les parrains échangent des informations sur les caractéristiques et l’évolution des différentes variétés dont ils ont la garde. Il est d’ailleurs prévu d’étendre plus tard la réalisation de ces fiches aux autres collections de légumes et d’arbres fruitiers et d’en faire la promotion auprès du grand public.
« L’idée d’une banque, c’était de structurer le réseau pour l’étendre. Nous avons actuellement 120 parrains sur toute la France et les demandes affluent à l’association », explique Patrick Challaye. Et puis la banque n’est pas attaquable puisqu’elle ne fait que diffuser les semences, "nous n’en gardons qu’un exemplaire, le principe de la banque n’est pas de faire de la rétention mais de la transmission". Et de rappeler qu’un catalogue français a été mis en place dans les années soixante pour la diffusion d’un matériel végétal identifié et sain, celui-ci étant conservé dans différents sites de l’Inra. "Ces banques sont publiques, mais il est quasiment impossible de se procurer des semences", poursuit Patrick Challaye, "notre banque à nous est privée mais ouverte au public !".
Ce projet a un coût même si les parrains sont bénévoles et Savoirs de terroirs a reçu l’aide d’une fondation privée pour démarrer Balseli. L’activité d’édition de l’association, qui publie des ouvrages sur les savoirs ruraux anciens, permet également de financer les activités non lucratives. Ce projet crée également des emplois en milieu rural. Pour la suite, le président de l’association n’est pas à court d’idées qu’il diffuse aussi volontiers que ses semences. Un site internet sur Balseli sera bientôt disponible. En septembre 2007, une exposition de 1500 légumes anciens dans le cadre de la manifestation "Les arts du goût" se déroulera à Largentière (07).


Kokopelli envisage d’attaquer l’État
L’association Kokopelli a été condamnée en appel le 22 décembre pour commercialisation de semences non inscrites au catalogue officiel. Son président, Dominique Guillet, devra verser 3 426 amendes de 5 euros chacune soit 17 130 euros. L’association s’est aussitôt pourvue en cassation et pourrait attaquer l’Etat pour non-application d’une directive européenne visant à protéger la biodiversité. A ce jour, Kokopelli reproduit et distribue 2 000 variétés ou espèces de fleurs, céréales et légumes anciens.


Marie-Suzanne Rangheard, Transrural Initiatives n°326, 30 janvier 2007.

[1] Centres d’Initiatives pour Valoriser l’Agriculture et le Milieu rural

[2] Savoirs de terroirs, Château Julien - 07110 Vinezac - 04 75 35 88 50 - www.savoirsdeterroirs.com