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Très petite entreprise

TPE : transmission pas évidente

À Luzy, dans la Nièvre, on accompagne la reprise des très petites entreprises pour maintenir une économie rurale prospère et attractive.

Transmettre une très petite entreprise (TPE) n’est jamais facile, du fait de la spécificité de l’activité, souvent liée à la famille. En milieu rural, les problèmes se cumulent : localisation souvent liée au domicile du cédant ou au foncier, forte personnalisation des activités, manque d’accompagnement sur les difficultés techniques et juridiques de la transmission, statut flou pour certains « aides familiaux », et…difficultés à trouver un repreneur. Pourtant, c’est aussi la présence de ces très petites entreprises qui fait l’attractivité d’un territoire rural. L’enjeu est de taille dans le contexte actuel de vieillissement de la population. Vingt ans après l’installation de toute une génération de créateurs et créatrices d’activité en milieu rural, particulièrement dans le tourisme rural dans les années 1980, la transmission de ces TPE est une question centrale. Dans les années à venir, un nombre important de chefs d’entreprises vont arriver à l’âge de la retraite, bien souvent sans successeur déclaré.

« Les personnes qui parlent d’anticipation de la transmission d’entreprises ne sont pas prises au sérieux »

Sur le canton de Luzy (86), la communauté de communes a pris le problème à bras le corps et construit une action pour aider les cédants à anticiper la transmission de leur entreprise. Tout n’a pas toujours été facile car, « les personnes qui parlent d’anticipation de la transmission d’entreprises ne sont pas prises au sérieux » explique Laurent Philibert, directeur de la communauté de communes. Le projet bénéficie cependant de l’appui de chambres consulaires, frileuses au départ mais convaincues par la suite. Initiée en 2003, l’action a démarré par une période de sensibilisation des entrepreneurs et l’organisation d’un forum. Par la suite, il était proposé à chaque entreprise un « diagnostic » qui se concluait par des propositions très concrètes pour améliorer les conditions de transmission. En parallèle, l’ouverture d’une « chasse au repreneur » s’est mise en place, en faisant connaître les entreprises à reprendre dans la presse locale, sur la chaîne Demain, et en accompagnant chaque entreprise dans sa recherche de candidats.
La communauté de communes de Luzy est intervenue en tant que « facilitateur ». Elle a permis la reprise du dialogue entre les chambres consulaires et les entreprises du secteur. Par ailleurs, les élus et techniciens de la communauté de communes, qui connaissent bien le territoire, ont pu faire circuler l’information et ainsi mettre en relation cédant et repreneur. À l’heure des bilans, on compte 18 entreprises qui sont entrées dans le dispositif et 14 qui ont été accompagnées vers des solutions diverses : transmission (5), reprise familiale (3), attente de reprise (5) réflexion sur l’avenir (3), arrêt(2). La transmission d’une épicerie n’a posé que peu de problèmes, beaucoup de candidats se sont présentés. Mais l’analyse de la rentabilité économique a été particulièrement travaillée. Pour la reprise d’une boucherie et d’une pâtisserie, c’est la qualité des produits et la diversité de l’offre qui ont permis à ces commerces de se distinguer et de co-exister avec les autres commerces du même type, alors qu’une analyse rapide les aurait condamnés. L’accompagnement du projet, auprès des cédants comme des repreneurs, est particulièrement important pour ne pas céder à la facilité d’une analyse trop rapide. Enfin, la reprise d’un atelier de confection et de vente de laine pose plus de problèmes. C’est un savoir-faire précieux, qui dispose déjà d’une clientèle, mais il s’avère bien plus difficile de trouver un repreneur pour une activité aussi spécifique nécessitant un savoir faire peu (re)connu. Avis à ceux qui se sentiraient la fibre !


Aurore Abibon, Transrural Initiatives n°325, 16 janvier 2007.