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Qu’est-ce que la Coordination rurale ?

 

Voici un petit livre qui vient à point. Il éclaire en effet la nature de la plus jeune des organisations syndicales agricoles françaises. De plus, il paraît quelques semaines seulement avant les élections aux chambres d’agriculture pour lesquelles la plupart des observateurs lui promettent une très sensible progression. Enfin, sa publication coïncide avec la tenue du congrès de l’organisation (Les Sables d’Olonnes, 29 novembre) et son contenu recoupe ou complète largement les rapports et discours de celui-ci, en en faisant un outil de campagne efficace. On reconnaît là l’incontestable savoir-faire de l’organisation en matière de communication.
Ce petit livre bien conçu rappelle les origines de la CR [voir « La Coordination rurale, un objet syndical mal identifié », Transrural initiatives, n° 310, 23 mai 2006, p. X], ses conceptions du syndicalisme, son organisation et ses actions. Trois longs portraits de dirigeants viennent éclairer leur démarche. Jean Laigneau, le fondateur présenté comme un « visionnaire » est né en 1933. Diplômé de l’école de Grignon, il a migré dans le Gers depuis l’Eure-et-Loir. François Lucas, né en 1952 dans le Nord, a lui aussi migré, vers la Charente. Associé à un frère, il dirige une exploitation qui emploie quatre salariés. Nicolas Jaquet, enfin, 45 ans, dont les parents avaient migré du Loiret vers les Landes de Gascogne quand il avait huit ans, est également ingénieur (Agro de Montpellier), il aime à se définir comme « cultivateur ». Son exploitation emploie sept salariés.
Dans la seconde moitié de l’ouvrage sont longuement expliquées les positions de la Coordination, tant en ce qui concerne la politique agricole que la PACPolitique agricole commune (Politique agricole commune) ou l’OMC (Organisation mondiale du commerce).
La Coordination s’est dotée, à l’imitation de la FNSEA, de quelques organisations spécialisées (grandes cultures, lait, porcs). On peut y voir la volonté de s’inscrire dans des schémas qui permettent de revendiquer plus efficacement une place dans les instances parapubliques et paraprofessionnelles et de contester, au besoin devant les tribunaux, la cogestion exercée par la FNSEA au détriment du respect du pluralisme de représentation.
Affirmant une présence structurelle dans 81 départements, présidant jusqu’alors deux chambres d’agriculture, celles du Calvados (depuis 1995) et du Lot-et-Garonne (depuis 2001), la CR a annoncé présenter des listes dans presque tous les départements métropolitains. En 2001, elle avait obtenu 12,4 % en moyenne nationale en se présentant dans 57 départements, se classant au troisième rang derrière la FNSEA (majoritaire) et la Confédération paysanne. Par le seul effet mécanique de l’augmentation des listes présentées, la CR devrait progresser au moins de moitié, ce qui porterait son score aux alentours de 20 %. Sans compter les effets d’une implantation maintenant plus ancienne et d’une campagne électorale préparée de longue date.
On caricature volontiers cette organisation en la taxant d’ultralibéralisme et en la classant à l’extrême droite. C’est une erreur, même si cohabitent en son sein des sensibilités fort variées dont certaines d’ultra-droite, proches de Philippe de Villiers. Elle entend défendre l’autonomie des agriculteurs, « entrepreneurs libres et responsables » et critique le dévoiement de certaines coopératives qui auraient dû rester « au service des agriculteurs » et revendique le rétablissement de la préférence communautaire.
Son idéologie attrape-tout est plutôt populiste et elle emprunte volontiers des accents agrariens et unanimistes comme en témoigne Le Serment de l’agriculteur, sorte de charte proclamée et diffusée lors de son dernier congrès : « Les lois de la nature [sont] source de sagesse et à l’origine de notre bon sens paysan, valeurs qui caractérisent nos pays […] ».

Serge Cordellier, Transrural initiatives n°324, 19 décembre 2006.


Éditions L’Archipel - collection L’Information citoyenne - novembre 2006 -160 pages - 10,50 €.