Depuis la fin des années soixante dix, des villes pionnières comme Orléans ou Rennes ont expérimenté de nouvelles formes de gestion des espaces verts urbains en s’appuyant sur des concepts d’écologie urbaine et, surtout depuis la Conférence des Nations unies de Rio en 1992, sur celui de "ville durable". Jusqu’alors, des techniques intensives de gestion horticole consommatrices de produits chimiques, d’eau, d’énergie et d’outils mécaniques caractérisaient les interventions des services d’espaces verts. Et ce, sur de nouvelles et vastes superficies communales (à titre d’exemple, le patrimoine vert de la ville de Rennes est passé de 60 ha en 1960 à 775 ha en 1998). Réagissant à ces pratiques et à la diffusion de nouvelles priorités environnementales, “ les responsables des parcs publics ont en terme de techniques et d’organisation financière, défini une nouvelle forme de gestion qu’ils ont qualifiée de différenciée ” [1]. L’objectif de la “ gestion différenciée ” est donc de faire évoluer ce modèle horticole standard en intégrant à la gestion des espaces verts un souci écologique de rétablissement des équilibres biologiques et de protection de la biodiversité.
Cette gestion est également guidée par un souci économique afin de permettre aux collectivités de limiter leurs dépenses (en personnel, en intrants...) occasionnées par l’entretien de ces espaces. Dans la pratique, il s’agit de laisser la nature se développer spontanément et de limiter les interventions de fauchage, de désherbage chimique ou d’arrosage, donnant ainsi aux jardins publics un aspect de “ nature sauvage ”. Il rompt avec “ l’idée d’un décor d’accompagnement urbain ” [2] et introduit des paysages de campagne à la ville. La flore locale est valorisée permettant d’améliorer la biodiversité végétale mais aussi animale (retour des champignons et des écureuils dans le Parc des Gayeulles à Rennes).
Progressivement, d’autres projets se sont greffés autour de cette gestion originale des espaces verts. Toujours à Rennes, un nouvel agent est "embauché" : une jument de trait breton représentant le patrimoine rural “ vivant ”, la traction animale, participera à la réalisation des travaux de nettoyage des parcs. A Rochefort, en Charente, la ville s’est engagée, en partenariat avec la LPO [3], à favoriser l’accueil des oiseaux en ville grâce à un plan d’aménagement des terrains municipaux respectueux des équilibres naturels et à l’installation de cavités dans les murs et de nichoirs. Puis certaines collectivités territoriales ont compris que la gestion différenciée pourrait s’avérer utile pour l’entretien d’autres espaces naturels à grande échelle. Le concept a donc quitté la ville en suivant le bord des routes. Autrefois, les talus étaient entretenus par les ruraux qui venaient y couper l’herbe pour les lapins ou faire pâturer les animaux. Aujourd’hui, cet entretien demande la mobilisation d’un matériel et d’un personnel nombreux et le fauchage "pour faire propre" n’est pas nécessaire partout. En général, la zone à proximité de la chaussée est tondue régulièrement, la zone située derrière est fauchée à la fin de l’été, pour empêcher l’installation de ronces ou d’arbustes tout en laissant le temps aux fleurs de donner des graines. Cette zone, qui abrite une flore et une faune abondante, devient alors un vrai corridor biologique, à l’instar des haies du bocage, favorable à la communication entre les habitats naturels. Elle permet de faire cohabiter des zones urbaines, des infrastructures et des zones dédiées à l’agriculture avec le milieu naturel. Une façon de redonner à la nature toute son envergure même si “ art de la représentation et de l’esthétique, le jardin ne saurait être sauvage à proprement parler ” [4].
Quand les Parcs jouent la “ gestion différenciée ”
De nombreux parcs régionaux tentent de sensibiliser les partenaires de leur territoire à l’utilisation de la gestion différenciée. Au Parc Anjou-Loire-Tourraine “ les agriculteurs nous ont interpellés en nous disant qu’il ne fallait pas mettre tous les problèmes de pollution sur leur dos ”, explique Michel Mattéi, chargé de mission environnement et gestion de l’espace, “ regardez ce que balance les communes pour l’entretien des espaces verts ! ”, nous ont-il lancé. Des journées de sensibilisation ont alors été organisées auprès des petites communes rurales. Trois ou quatre collectivités locales ont été intéressées par ces techniques plus douces et ont envoyé leurs agents communaux en formation. Le Parc diffuse aussi des informations sous forme de fiches techniques expliquant les principes et l’intérêt de la gestion différenciée. Le Parc Scarpe-Escaut, dans le Nord, a organisé une formation sur les techniques alternatives de la gestion des berges pour les agents des "Voies navigables de France" (VNF). Cet établissement assure la gestion des cours d’eau domaniaux dans le Parc. “ La mise en œuvre de ces techniques serait intéressante étant donné la longueur des voies navigables à entretenir ”, explique Marie-Lise Veillet, chargée de mission paysage-environnement.