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Du bioéthanol pour les belles bagnoles

Au delà des effets d’annonce, les mesures gouvernementales en faveur du bioéthanol sont a minima. En face, les bilans énergétique et économique restent peu convaincants.
Le mondial de l’automobile a mis en vedette les biocarburants et plus particulièrement le bioéthanol baptisé E85 (85% d’éthanol et 15% d’essence). Autre star du salon, les moteurs Flex-fuel capables de tourner avec l’E85 et les autres essences. Les constructeurs nous promettent cet équipement pour l’automne 2007. Le coût supplémentaire par moteur s’élèverait à 200 euros environ.
Les rendements de l’E85 sont inférieurs à ceux de l’essence : il faudra 1,5 litres d’E85 pour remplacer 1 litre d’essence et 1,7 litres pour remplacer 1 litre de gazole (Le Monde, 5/10/06). La perte de puissance des moteurs avec les biocarburants présente le risque d’une tentation des constructeurs de vendre des véhicules plus puissants pour atteindre des “ performances ” équivalentes. La fabrication industrielle de ce biocarburant coûte cher : culture de la betterave ou de blé, transport, trituration, transport vers les raffineries, épuration, incorporation à l’essence. Le tout revient deux à trois fois plus cher que pour les carburants actuels. Le prix à la pompe compensera en partie la surconsommation des moteurs et les surcoûts de fabrication. Pour le reste, l’État renoncera à une part de la TIPP (Taxe intérieure sur les produits pétroliers), en fonction de l’attractivité financière qu’il voudra conférer aux carburants “ verts ”.
Au delà, le rendement énergétique (rapport entre l’énergie restituée et l’énergie mobilisée à la production) est inférieure à celles d’autres biocarburants, comme le diester ou l’huile brute.
Le gouvernement a également promis 500 pompes à bioéthanol pour l’automne 2007. Soit cinq pompes par département en moyenne. Ce chiffre paraît maigre au vu des ambitions affichées. On connaît la fortune limitée du GPL étant donné le sous équipement des stations service et une politique incitative très discrète. Selon l’Ufip (Union française des industries pétrolières), le GPL ne représente toujours que 0,5% des carburants “ du fait d’une fiscalité plus attractive ” en faveur du diesel.
Cet effet d’annonce autour du bioéthanol pose en outre la question de pourquoi celui là plutôt qu’un autre. On ne reviendra pas sur l’ignorance du gouvernement envers l’huile brute, une ressource qui joue sur l’autonomie énergétique locale au grand dam des acteurs industriels (agriculteurs, pétroliers, triturateurs…). Le sort réservé au biodiesel (mélange à base d’huile de colza ou de tournesol) est plus surprenant alors que ce carburant avait été mis en avant dans le plan biocarburant (Transrural n°288). Les betteraviers (et aussi les céréaliers) seraient les plus écoutés ? A suivre.

André Chalopin (Civam), Transrural initiatives n°320, 24 octobre 2006.