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Action pour le bocage au pays Centre-Bretagne

Reconstruire un maillage bocager adapté à l’agriculture

Pour préserver le bocage, il faut recontruire sur les communes un maillage qui s’appuie sur les haies existantes. Encore faut-il donner aux agriculteurs l’envie de planter. Entretien avec Thierry Guéhenneuc, animateur bocage du Pays du Centre-Bretagne.

Les remembrements des années 60 ont détruit entre les 2/3 et les 3/4 du bocage breton ; on est passé de 200 à 300 mètres de haies par hectare à une densité moyenne de 80 mètres par hectare. "Mais ce qu’on dit moins, rappelle Thierry Guéhenneuc, animateur au pays du Centre Bretagne, c’est que l’érosion du bocage continue, du fait de l’agrandissement des structures agricoles. Entre 1985 et 1998, la diminution a été de un à trois mètres par hectare et par an sur le Pays Centre Bretagne, alors qu’on plantait au mieux 0,5 mètres par hectare et par an".

Reconstruire la maison, avec des pièces plus grandes

Depuis 2000 le pays du centre Bretagne a accéléré le rythme de plantations, mais "la qualité de notre travail ne se mesure pas à la quantité de linéaire planté par commune mais à l’implication des agriculteurs, à la fois dans le choix des emprises et dans la mise en œuvre des plantations…", quitte à planter moins quantitativement. Une implication garante de la durabilité des plantations. L’autre critère de qualité, c’est la connection des haies entre elles, d’où le terme de "maillage" bocager utilisé pour cette action sur ce territoire "S’appuyer sur les haies existantes, c’est empêcher leur destruction. C’est comme une maison en ruines, s’il ne reste qu’un mur il ne tardera pas à tomber. Et pour rénover la maison, il faut s’appuyer sur des murs porteurs." Reconstituer la maison à l’identique est impossible, il s’agit plutôt de rénover un maillage bocager pertinent dans le contexte agricole actuel, avec des pièces plus grandes. D’où le travail sur les communes pour replanter des haies sur plusieurs fermes, en réussissant à convaincre les agriculteurs, si besoin, de l’intérêt de planter. La motivation vient aussi avec celle des autres : "tout seul on se dit qu’on ne changera pas le paysage. A plusieurs, c’est différent : c’est cette dynamique qu’il faut créer."

L’abri des bêtes, première motivation pour planter

Car à bien y regarder, il y a plein de raisons de planter. "La première motivation des agriculteurs, c’est la protection au pâturage". Les agriculteurs font le constat d’une baisse de lait sur les parcelles trop exposées, parce que les vaches dépensent trop d’énergie à se protéger de la chaleur, du froid ou du vent selon la saison. Mais les systèmes de cultures sont aussi intéressés : "la haie qui coupe les vents froids de nord, nord-est améliore la précocité et la croissance des cultures, sans les pénaliser en bordure puisqu’il n’y a pas d’ombre portée". Mais les autres expositions sont également bénéfiques, sauf que l’effet dépressif de bordure est plus visible. Mais le ralentissement général du vent, sur une distance d’environ 10 fois la hauteur de la haie compense cette perte de bordure par des gains sur le reste de la parcelle. Il n’y a pas de taille idéale de parcelle, mais "la compensation entre les pertes de bordures et les gains au centre se fait dès que la largeur de la parcelle est d’environ 4 fois la hauteur de la haie". Et à une distance de plus de 8 fois la hauteur de la haie, son effet bénéfique ne se fait plus sentir sur la culture.

"Le paysage agit sur le système… "

Il y a bien sûr le rôle de protection des sols contre l’érosion, et la qualité de l’eau : "mais ce ne sont pas les haies qui vont résoudre miraculeusement les problèmes de qualité de l’eau. La haie et le talus jouent sur les transferts mais cela a des limites si ce qui se fait à l’intérieur des parcelles n’est pas raisonné". Les plus motivés à planter des haies sont en général des éleveurs herbagers, mais Thierry Guéhenneuc fait le pari que "si le système agricole joue sur le paysage, le paysage joue sur le système aussi". Un paysage riche affûte le regard, au point qu’un agriculteur qui se revendique d’emblée "anti-écolo", vous prie parfois de différer l’entretien d’une haie parce qu’il y a repéré un nid. Les vaches reviennent parfois pâturer sur une parcelle dédiée depuis quinze ans à une rotation maïs-blé, parce que la haie implantée rend l’idée de pâturage possible. Reste que planter "cela demande de se projeter dans l’avenir". Et se projeter dans le moyen ou long terme n’est pas chose facile dans un contexte agricole aussi incertain.


Nathalie Gouérec, l’Echo du Cedapa, 2006.