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Des paysans jeûnent pour une Pac plus juste

 

Des adhérents du Cedapa [1], de la Confédération paysanne et du Groupement d’agriculture biologique des Côtes d’Armor, ont lancé le 8 septembre en Bretagne un jeûne collectif pour dénoncer les inégalités de soutiens publics induites par la récente réforme de la Politique agricole commune (Pac). Chaque semaine, une dizaine de paysans jeûnent pour dénoncer de manière non violente, l’incohérence d’une Pac qui méprise les agriculteurs ayant réalisé des efforts pour la qualité de l’eau et la qualité des produits, en ne leur attribuant pas ou peu d’aides découplées.
Le calcul des aides, désormais distribuées sous forme de « droit à paiement unique » (DPU), se fait sur la base de ce que touchait en moyenne l’agriculteur en 2000, 2001 et 2002. Il en résulte un système de calcul des DPU qui créé des distorsions entre les agriculteurs qui cultivent du maïs, des céréales et oléagineux, cultures fortes consommatrices d’intrants, très aidés, et ceux qui ont fait le choix de l’herbe comme fourrage, bien moins subventionnée. Les paiements découplés deviennent proportionnelles à la taille des exploitations et à leur niveau d’intensification. Les exemples ne manquent pas. Le Cedapa cite ainsi : « un couple d’agriculteurs à la tête d’une exploitation intensive en élevage laitie, cultive 20 ha de maïs et 20 ha de céréales : ils toucheront 15 000 € d’aides. Trois agriculteurs associés sur un élevage identique ont préféré un système économe avec beaucoup d’herbe et seulement 13 ha de maïs et de céréales : ils ne toucheront que 5 000 € soient près de 5 fois moins d’aides publiques par personne. Un couple d’agriculteurs biologiques en volaille fermières et quelques hectares de céréales ne toucheront quasiment pas d’aides ». Et de conclure : « la survie de fermes biologiques et durables est en jeu ».
Les paysans jeûneurs ne cherchent pas à repêcher quelques dossiers individuels, comme leur répond l’administration agricole, mais à revaloriser l’ensemble des faibles DPU au niveau moyen de chaque département. Cette action collective est reconductible chaque fin de semaine sur la place publique de Saint-Brieuc, les paysans attendant un signal de la part du ministère de l’Agriculture.

Samuel Feret, Transrural initiatives n°318, 26 septembre 2006.

[1] Centre d’étude pour un développement agricole plus autonome.