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Agriculture familiale ...

 
Cette expression traduit une agriculture reposant sur une main d’œuvre familiale. Une caractérisation plus précise des agricultures familiales pourrait être la suivante (Lacombe, 1998) : prédominance du travail familial, organisation familiale du processus de production, interrelation entre les fonctions de production, de consommation, et de reproduction du groupe domestique, diversité des formes, niveaux de capitalisation des moyens de production variables… Cette forme d’agriculture reste majoritaire dans les pays en voie de développement et on la redécouvre aujourd’hui dans nos contextes lorsque l’on est amené à s’interroger sur le contenu d’une agriculture multifonctionnelle (Source : lexique des qualificatifs de l’agriculture, Pervanchon et al., courrier de l’environnement de l’INRA).
L’agriculture familiale emploie 1,48 milliard d’actifs agricoles, dont 96% dans les pays du Sud. Elle fait vivre 2,8 milliards de personnes, soit 45% de la population mondiale (source CIRAD). Elle rend de nombreux services à la société : approvisionnement en produits agricoles, création d’emplois et de richesses, protection de l’environnement.
Plus que d’autres formes de production, l’agriculture familiale pourrait être vecteur de développement durable, en un mot : porteuse d’avenir. Démentant dans la pratique l’image d’immobilisme ou d’archaïsme dont on l’affuble souvent, elle participe activement aux marchés et montre une incroyable faculté d’adaptation et d’innovation.
Aujourd’hui, l’agriculture familiale est confrontée à la libéralisation et à la mondialisation accrue des échanges. Soumise aux seules règles du marché et de la compétitivité, elle n’est plus toujours en mesure de fournir les biens et les services que l’on attend d’elle, en matière d’emploi ou d’environnement. Elle est confrontée à des questions qui se jouent à l’échelon local, national ou mondial, et qui invitent à repenser, à ces différents niveaux, les modèles de développement. Dans les pays du Sud comme du Nord, il importe de rendre compatibles les règles des échanges internationaux et les préférences nationales, dans le respect des projets politiques et des histoires de chacun. Il en va de la capacité du secteur agricole à nourrir le monde, à assurer des conditions de vie décentes aux ruraux, à freiner les processus d’exclusion, à préserver l’environnement et à tenir ainsi compte des préoccupations liées au développement durable (d’après Cirad).
L’agriculture familiale à la française a vraiment émergé en 1881, date de la création par Gambetta du ministère de l’agriculture ; il s’agissait pour Gambetta de "faire chausser aux paysans les sabots de la République" car, disait-il, "lorsqu’ils les auront chaussés, la République sera invincible".
Dans cette perspective, Gambetta voulut faire du métayer affranchi du lien de subordination au propriétaire foncier un petit propriétaire capable de subvenir aux besoins de sa famille. Patriarcale, patrimoniale, patriotique, telles étaient les caractéristiques de cette agriculture familiale républicaine, l’accumulation et la sauvegarde du patrimoine devenant dans ce projet l’objectif premier au regard du développement de la production. (D’après Bertrand Hervieu)

Jean-Marie Lusson, Rad - Lettre de l’agriculture n°41 - Juillet 2006.