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LES ENJEUX DU TOURISME RURAL

Le tourisme rural contribue à la diversification des activités rurales. Les dépenses touristiques en espace rural, qui occupe 30 % du territoire français, représentent à peine 20 % du total des dépenses, alors qu’en 2001 cet espace a attiré plus du tiers de la fréquentation touristique française.

Le tourisme rural répondant à des objectifs de développement général de l’économie et d’aménagement du territoire, il bénéficie de plusieurs sources de financement (particuliers, collectivités locales, ministères de l’Agriculture et de l’Environnement, DATAR, Europe etc). Une diversité qui a permis aux espaces ruraux de devenir une destination majeure.
Mais la mise en place des produits touristiques exige des compétences spécifiques en fonction de leurs objectifs. Par exemple l’organisation d’offres de séjours fixes centrés sur la pratique d’une activité principale comme la pêche doit plus particulièrement faire l’objet d’études détaillées. Ces clientèles étant très ciblées elles nécessitent la maîtrise de compétences à plusieurs niveaux, tels que l’hébergement ou les services, mais aussi un professionnalisme accru de la part des organisateurs.
De même, les loisirs itinérants, comme les randonnées, nécessitent une profonde entente entre les partenaires locaux pour la réussite des projets, sans oublier, là aussi, la qualité de l’hébergement et des services adaptés aux nouvelles demandes des clientèles. En effet, de nombreux facteurs semblent indiquer qu’au cours des prochaines années le tourisme intérieur continuera à se développer, mais il est évident que son essor sera lié à l’accroissement des clientèles provenant d’autres pays européens, voire plus lointains. L’offre devra alors être diversifiée, originale, mais surtout de qualité. Elle devra pendre en compte les coûts de promotion, distribution et commercialisation de ces produits originaux, afin de pouvoir se faire connaître et reconnaître à sa juste valeur. La multitude de prestataires indépendants dispersés géographiquement et peu structurés est un handicap certain à une commercialisation efficace. Il ne faut pas passer sous silence les exigences de la qualité qui doivent être définies selon un schéma national pour des raisons de cohérence mais qui doivent passer par des solutions décentralisées, pour des raisons d’efficacité. Ainsi le tourisme rural est une opportunité forte pour valoriser les différents atouts du milieu rural. Il est un levier pour le développement local, car toutes les dimensions du développement sont présentes dans le tourisme rural : la dimension économique, la dimension sociale et la dimension culturelle.

DÉCOUVERTES EN PÉDALANT
« Les « randos-thèmes » me permettent de voyager en faisant voyager les autres ». Né près de Bordeaux, à l’entrée du Médoc, Didier Féron accompagne trois cents personnes chaque année à la découverte de l’Aquitaine, de ses charmes, lieux typiques, de son terroir, de ses produits locaux.
Cumule brevet de technicien agricole, brevet d’État sportif et un savoir-faire en cuisine française, il s’est lancé en 1992 dans l’accompagnement de ces randonnées qui conjuguent les découvertes de tout un pays : « J’ai pas mal voyagé. Quand je suis rentré en France, je me suis dit que je n’allais pas arrêter. J’ai eu envie de faire partager le goût de la découverte d’un territoire et de se laisser étonner par les gens et les paysages ». Ses randosthèmes, qui n’en portaient pas encore le nom mais étaient animées par le même esprit, ont été ainsi baptisées lorsque Didier Féron a été recruté, en 2001, par le Comité régional du sport en milieu rural d’Aquitaine : « Le concept a vu le jour dans les Pays de Loire. Le label a ensuite été déposé à l’échelon de la Fédération nationale du sport en milieu rural. Il répond à des critères de qualité, d’intérêt, de convivialité et de sécurité sur les parcours ». Depuis, installés sur leur vélo, les randonneurs pédalent sur les sentiers et les petites routes : « Des thématiques sont développées en rapport avec un territoire choisi ».

À LA CARTE
En Gironde, le circuit peut les entraîner dans le vignoble bordelais à la rencontre de viticulteurs. Une halte permet de visiter l’exploitation, de goûter la production et de suivre une initiation à la dégustation du vin. Dans les Landes, l’arrêt peut se faire chez un éleveur de canards : « Il faut des échanges et des rencontres avec des gens qui vivent sur le territoire. Et puis, le but est aussi de faire vivre les acteurs du secteur et le milieu rural ». Le circuit peut aussi sillonner villages médiévaux et bastides ou partir sur les traces des pèlerins de Saint-Jacques-de- Compostelle. Cette découverte de toutes les facettes d’une région en pédalant se traduit parfois par une redécouverte d’un secteur par ses propres habitants : «  Découvrir un endroit à vélo ou en voiture, ce n’est pas pareil. Les gens sont souvent étonnés. On est entouré de richesses que l’on méconnaît ». « J’organise plutôt des randos cyclotouristes, poursuit-il. À vélo, on peut voir plus de choses qu’à pied. Les sorties sont destinées à tous publics. Il faut que ce soit vraiment du sport pour tous. Pas question d’avoir la tête dans le guidon ou d’avaler des kilomètres ! »
Sur une après-midi, une journée ou plusieurs jours, le délégué aux actions sport et tourisme du CRSMR d’Aquitaine, propose un calendrier trimestriel et répond aux sollicitations. Durée de la rando, du séjour, hébergement, visites, dégustations peuvent ainsi être choisis à la carte… Didier Féron organise également des « rallyes-vélos » qui s’achèvent par des jeux traditionnels et un pique-nique géant, apporte son appui à des associationset met sur pieds des événementiels, comme « Cyclofestin » ou « Vélo gastronome  » qui, au fil de la balade, donnent l’occasion de déguster les plats d’un menu sur des sites différents. Ici, l’entrée. Là, la grillade. Ailleurs, la dégustation du vin…
« Je ne m’ennuie jamais. Les circuits sont toujours composés de morceaux choisis, les meilleurs possibles. C’est un plaisir de voir les gens comblés après la balade. C’est la meilleure récompense ! »

Ruynes-en-Margeride : UN MUSÉE VIVANT POUR PROTÉGER ET FAIRE VIVRE LE PATRIMOINE

Sur la façade de l’école de Clémence Fontille, à « Signalauze », la cloche domine l’entrée. À l’intérieur de ce bâtiment de la fin du XIXe siècle, l’odeur du poêle côtoie celle de la craie. Sur le tableau noir : la morale du jour. « Nous sommes sur l’un des sites nostalgiques », explique François Moulier, médiateur culturel de l’écomusée de Margeride haute-Auvergne, à Ruynes-en-Margeride (Cantal). À travers trois sites inscrits à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques, l’écomusée maintient vivantes l’histoire et la tradition de la Margeride et de ses habitants, tout en gardant les yeux résolument ouverts sur l’actualité et le futur. La région tire son nom d’une montagne qui prend ses aises sur le Cantal, la Haute-Loire et la Lozère. « La population se dit de Margeride. L’identité est très forte », souligne François, en désignant le massif granitique.

RÈGLES EN FER ET BONS POINTS
De l’école à la ferme en passant par le jardin, pas de vitrine, pas de texte prérédigé, mais des visites guidées et libres, dans une ambiance détendue et souriante : « Nous n’avons pas envie d’avoir une image passéiste. L’écomusée a plusieurs missions : recherche, conservation, valorisation du territoire, animation et restitution ». L’école a fermé ses portes en 1983 alors qu’elle ne comptait plus que quatre élèves. Plus de vingt ans plus tard, elle est rouverte, mais dans sa physionomie des années trente. Nommée Clémence Fontille, en hommage à une enseignante, elle replonge les visiteurs au temps des règles en fer et des bons points. Dans l’appartement, une exposition évoque le chemin des écoliers : « À l’époque, les enfants venaient à l’école à pied. Ce chemin était un espace de liberté entre deux mondes encadrés par les adultes : l’école et la maison », indique François. Pour les faire revivre, l’écomusée et la communauté de communes Margeride-Truyère, les ont rouverts et transformés en circuits de randonnée. Chacun est ponctué de piquets en granit matérialisant des « pauses buissonnières  » renvoyant à un guide qui décline souvenirs d’écoliers et histoires. Les pas de randonneurs croisent parfois ceux des habitants. Le dialogue se noue régulièrement : « Cela permet des rencontres. Cela nous tient à cœur ». La population, à l’initiative de la restauration, en 1975, de l’un des sites - la ferme de Pierre Allègre - prend une part active aux actions de l’écomusée : « l’écomusée, c’est pour la population et avec la population. Nous travaillons sur l’histoire et donnons des pistes de développement ». Dans le village de Loubaresse, séparé de l’école par le viaduc de Garabit, construit par Eiffel, quatre marchés réunissent ainsi touristes et producteurs locaux. Les habitants préparent l’aligot. Une quarantaine d’animations sont organisées sur le territoire durant la saison, comme des dictées à l’école, le certificat d’étude, une Fête de la myrtille, des conférences ou encore une fête autour « du miel et autres douceurs », à la ferme de Pierre Allègre.
Tournée vers l’église, cette bâtisse construite en basalte, en granit et engneiss, abritait dix à quinze personnes. Le visiteur part au XIXe siècle dans une atmosphère préservée, comme si les habitants venaient de s’absenter. Dans la pièce principale, des savons sèchent au-dessus du cantou, où se croisaient les histoires au temps des veillées. Les fromages sont stockés sur des étagères. Les objets demeurent dans leur contexte.

LIT CLOS ET LOGE À COCHONS
Près de l’horloge, le « lit clos ». Dans la chambre de la grand-mère, des portraits sont affichés, « pour que les visiteurs puissent mettre des visages sur les noms ». Du côté des dépendances, l’étable, la grange, le bûcher et la loge à cochons se succèdent. Le guide revient sur les modes de vie, sur les coutumes et les astuces déployées par le propriétaire des lieux. A Ruynes-en-Margeride, aux pieds du donjon semi-circulaire du XIIIe siècle s’étend le jardin de Saint-Martin. À 900 mètres d’altitude, le site reconstitue les paysages de landes de la Margeride. Une illustration grandeur nature de l’évolution du massif et des liens privilégiés entre la nature et les habitants. Tout au long du chemin qui sillonne le site : hêtres, épicéas, sapins… Dans le potager, potirons, lys blanc et autre épinard perpétuel cohabitent.
Une exposition est aussi dédiée à la cueillette. Casque sur les oreilles, les visiteurs peuvent écouter des enregistrements de témoignages d’agriculteurs… « Ce jardin est notre observatoire, notre site d’appel. Ensuite, on donne les renseignements utiles pour que les gens aillent sur le terrain et qu’ils découvrent la Margeride », poursuit François alors que les cloches de l’église sonnent. L’écomusée de Margeride haute- Auvergne, le seul d’Auvergne reconnu par la direction des Musées de France, accueille 20.000 visiteurs par an : « Nous sommes un musée vivant, un musée en activité. L’idée est de protéger le patrimoine et de le faire vivre. Je pense que l’on peut apprendre en s’amusant. Il faut parler, donner aux gens l’envie de discuter et de comprendre pourquoi ».

Écomusée de Margeride haute-Auvergne « La Tour », 15320 Ruynes-en-Margeride Tel et fax : 04 71 23 42 96 - ecomusee-margeride@wanadoo.fr- site : ecomusee-margeride.org Ouverture du 1er juin au 30 septembre.

Entretien avec Léon Bertrand (*)
« ASSOCIÉ AU DÉVELOPPEMENT DURABLE »

En quoi le tourisme rural participe, selon vous, à l’aménagement et au développement durable des territoires ?
Par son maillage territorial, sa composante environnementale, les activités de loisirs de nature qui lui sont accolées, il est naturellement associé au développement durable. Et c’est un enjeu du gouvernement de favoriser une activité véritablement durable. L’accueil touristique en milieu rural repose sur une offre variée d’activités, d’hébergements et de restauration qui participent au développement des territoires concernés, aux côtés d’autres activités économiques, principalement l’agriculture. Cependant, les agriculteurs restent minoritaires parmi les entrepreneurs touristiques en milieu rural. De plus en plus, des ruraux non agriculteurs proposent ce type d’activités, créant une combinaison harmonieuse qui, à terme, profite largement aux territoires. C’est cela, à mon sens, un tourisme durable.

Comment le développer plus encore ?
Le tourisme rural représentait, en 2002, plus du tiers de la fréquentation touristique française. Il est essentiellement non marchand et pas toujours très rémunérateur. On a trois types de clientèles  : les « retours au pays » qui pratiquent un tourisme non marchand, le tourisme social et associatif, et celui des amateurs de campagne, une clientèle récente, enthousiaste et rémunératrice, en hausse constante. Cette nouvelle catégorie de touristes donne une image particulièrement positive du milieu rural. Ce phénomène est amplifié par l’étalement des vacances sur l’année ou les longs weekends que la réduction du travail permet désormais. L’offre rurale est particulièrement adaptée aux courts séjours et cette clientèle est donc déterminante pour l’avenir d’un tourisme rural rémunérateur.

Les associations sont largement impliquées dans le tourisme rural. Comment les aider à pérenniser les actions engagées et à professionnaliser l’offre ?
Elles sont pratiquement les seules à gérer des équipements dans les zones à faible attractivité touristique et constituent souvent l’unique activité économique autre que l’agriculture. Le secrétariat d’État au Tourisme les accompagne dans leurs actions. Des partenariats sont régulièrement montés avec les grands réseaux nationaux pour les aider à développer de nouveaux produits ou des actions de structuration. En outre, nous avons mis en place un dispositif d’aide à la rénovation de leur patrimoine, intitulé « programme de consolidation des équipements du tourisme social ». Un partenariat avec les associations de tourisme social dans une démarche intégrant les problématiques d’aménagement du territoire et d’adaptation des équipements aux nouvelles exigences des publics concernés. Ces actions vont permettre à la France de disposer d’un ensemble d’équipements de tourisme social de qualité sur tout le territoire, exploité de surcroît sur des bases tarifaires permettant l’intégration des séjours dans les programmes de lutte contre l’exclusion.

L’offre touristique en milieu rural doit-elle reposer sur un concept global intégrant un choix de loisirs culturels et sportifs et des services autour de l’hébergement ?
C’est séduisant, mais il ne faut pas oublier les impératifs économiques qui peuvent empêcher le développement de prestations touristiques globales. Je crois beaucoup plus en la spécialisation des équipements dédiés à telle ou telle forme de tourisme, lesquels peuvent servir de point d’appui à d’autres prestations. Je crois également à la mise en réseau des acteurs locaux, par le biais de structures telles que les pays d’accueil touristiques, les parcs naturels régionaux, les offices de tourisme de pôle, les stations vertes ou Les plus beaux villages de France. Un hébergement n’attire pas à lui seul une clientèle touristique : la qualité des activités et des services proposés, de l’accueil, du patrimoine tant naturel que culturel sont des éléments incontournables de cette offre. Pour conforter cette démarche de travail en réseaux, nous avons mis en place la Conférence permanente du tourisme rural pour permettre un développement plus harmonieux de l’économie touristique du milieu rural.

(*) Léon Bertrand est secrétaire d’État au Tourisme.


Extraits d’un dossier paru dans Animer, le Magazine rural n°166, avril/mai/juin 2004.