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Habiter la terre

Écoformation terrestre pour une conscience planétaire
coordonné par Gaston Pineau, Dominique Bachelart, Dominique Cottereau et Anne Moneyron
Inspiré par la démarche du philosophe Gaston Bachelard, le Groupe de recherche sur l’écoformation (Gref) poursuit son exploration des quatre éléments en s’intéressant plus particulièrement à ce qu’ils peuvent apporter en termes de formation. Après De l’air ! Essai sur l’écoformation (publié en 1992) et Les eaux écoformatrices (2001), et en attendant un probable ouvrage consacré au feu, c’est donc la terre qui est évoquée dans celui-ci...

Inspiré par la démarche du philosophe Gaston Bachelard, le Groupe de recherche sur l’écoformation (Gref) poursuit son exploration des quatre éléments en s’intéressant plus particulièrement à ce qu’ils peuvent apporter en termes de formation. Après De l’air ! Essai sur l’écoformation (publié en 1992) et Les eaux écoformatrices (2001), et en attendant un probable ouvrage consacré au feu, c’est donc la terre qui est évoquée dans celui-ci.
Le titre de cet ouvrage soulève un premier questionnement fécond. Il semble pouvoir être écrit indifféremment Habiter la terre ou Habiter la Terre. De la minuscule, qui introduit un élément familier, à la majuscule, qu’impose l’évocation de « la base spatiale de l’humanité », le saut est considérable. Pourtant, il s’agit toujours, à des échelles très différentes, de parler de ce même « sol ferme permettant la vie, à condition de cultiver sa place, mais pouvant aussi se dérober, trembler, enterrer, selon d’obscurs mouvements abyssaux ». Le respect de la glaise se révèle alors être un enjeu planétaire et, symétriquement, le destin du monde n’est plus étranger aux actes que nous ne cessons de poser dans notre vie quotidienne.
De la « terre matière » à « la Terre : planète à ménager », en passant par les territoires « à vivre et à partager » et par la « terre symbole », la quinzaine de contributions que rassemble cet ouvrage invitent toutes à mieux nous ouvrir à notre environnement, mais elles le font en se référant à des expériences sensiblement différentes. Ainsi, à la recherche de sa « terre intérieure » qu’entreprend Pascal Galvani en dialoguant avec les cultures amérindiennes répondent par exemple les « fenêtres » qu’ouvre Jean-Pierre Lécureuil sur « des pratiques de ville de jeunes usagers du centre de la ville de Tours comme espace de rassemblement et de circulation ».
Anne Moneyron et André Blouet conjuguent ce double appel à ne pas négliger ses propres émotions et à observer ce qui nous entoure en rendant compte de travaux qu’ils ont réalisés en matière de « formation expérientielle dans les métiers de l’agriculture ». À l’inverse des enseignements imposant des normes et des règles d’action, leur démarche est fondée sur la compréhension de l’« écosavoir » que développent des bergers ou des cultivateurs. « Ce savoir est souvent mis en œuvre sans mots, dans le silence et la concentration nécessaire au travail avec des éléments naturels imprévisibles ».
Dans leur introduction, Gaston Pineau et Dominique Bachelart font écho à cette « humilité nécessaire dans le travail avec les éléments » en invitant à « transformer les rapports d’usage du quotidien en rapports de sage, attentif à lui-même en même temps qu’à l’univers ». Tout comme « habiter » ne se limite nullement à « se loger », l’idée qu’ils se font d’une « écoformation » dépasse celle d’une simple « éducation à l’environnement ». Les pratiques évoquées dans ce livre donnent corps à cette ambition.

A. Chanard, Transrural Initiatives n°290/291.


Éditions L’Harmattan- collection Écologie et formation - mai 2005 - 292 pages - 25 €.